La grille la plus jouée du jazz et du rock : trois phrases de quatre mesures sur trois accords de septième, I, IV et V, avec un appel, sa réponse et les notes bleues.
Do majeur · 4/4 · 96 à la noire · 24 mesures · 1 min 00 · niveau intermédiaire
sans compte
Douze mesures, trois phrases
Le blues de douze mesures est l'une des grilles d'accords les plus jouées de la musique populaire. Le blues est né
dans le Sud des États-Unis, et sa grille se fixe au début du XXe siècle : W. C. Handy publie
The Memphis Blues en 1912, puis St. Louis Blues en 1914. On la retrouve partout ensuite, dans le jazz
(C Jam Blues, de Duke Ellington, en 1942, est un blues en do, comme cette leçon) comme dans le rock'n'roll
(Hound Dog, chanté par Big Mama Thornton puis par Elvis Presley).
Ses douze mesures se lisent en trois phrases de quatre. Dans un blues chanté, la première phrase est reprise, à peine
changée, puis la troisième lui répond : on note cette forme A A' B. C'est exactement ce que je trouve dans cette
leçon, et la grille d'accords suit le même découpage :
Mesures 1 à 4 : do 7 pendant quatre mesures. C'est l'accord de base, le I.
Mesures 5 à 8 : fa 7 pendant deux mesures, le IV, puis retour à do 7 pour deux mesures.
Mesures 9 à 12 : sol 7, le V, puis fa 7, do 7, et de nouveau sol 7 à la dernière
mesure, pour relancer la grille : c'est le turnaround, le « retournement ».
Trois accords, toujours dans le même ordre : une fois cette grille dans l'oreille, tu la reconnaîtras dans des
milliers de morceaux.
Trois accords de septième, et des notes bleues
Dans le blues, les trois accords sont des accords de septième : do 7 (do, mi, sol, si bémol),
fa 7 (fa, la, do, mi bémol) et sol 7 (sol, si, ré, fa). En harmonie classique, seul
l'accord bâti sur le Ve degré porte cette septième-là, et il appelle l'accord placé une quarte plus haut.
C'est pourquoi la carte écrit V7/IV sous do 7 : lu à la manière classique, il annonce fa. Dans
le blues, il est chez lui ; cette septième, c'est sa couleur.
L'autre couleur du blues, ce sont les notes bleues : la tierce mineure, la quarte augmentée et la septième
mineure, jouées contre des accords majeurs. En do, ce sont mi bémol, fa dièse et
si bémol, qui forment avec do, fa et sol la gamme blues. L'appel de la main droite
commence justement sur un mi bémol qui glisse vers le mi de l'accord : ce frottement, c'est le son du
blues.
Ce que joue la leçon
La leçon fait deux fois le tour de la grille, en vingt-quatre mesures.
A (mesures 1 à 4) : l'appel (mi bémol, mi, sol, si bémol, sol, puis un
do tenu), et sa réponse, qui redescend jusqu'au do grave.
A' (mesures 5 à 8) : la même phrase, note pour note, mais sur fa 7 : seul l'accord a changé, et la
mélodie prend une autre couleur. Le retour de fa 7 à do 7 fait une cadence plagale, celle des
« amen » des cantiques.
B (mesures 9 à 12) : la main droite dessine chaque accord de haut en bas (ré, si, sol, fa sur
sol 7 ; mi bémol, do, la, fa sur fa 7), se pose sur do, puis le turnaround remonte
sur sol 7 (ré, fa, sol, si) pour relancer.
Le second tour (mesures 13 à 24) reprend la même main droite et finit sur un accord de do 7.
C'est la main gauche qui change d'un tour à l'autre. Au premier, elle tient chaque accord en blanches, avec trois
notes : la fondamentale, la tierce et la septième. Au second, elle joue la pompe : la fondamentale sur les temps 1
et 3, la tierce et la septième sur les temps 2 et 4. Regarde ces deux notes quand do 7 passe à
fa 7 : mi descend sur mi bémol, si bémol sur la. Ce sont les
notes-guides : elles suffisent à faire entendre l'accord, et elles avancent d'un demi-ton.
La forme
Les sections du morceau et leurs accords : la carte qu'on apprend avant d'en jouer une note.
A A' B A A' B'
Section
Mesures
Accords
Fin de phrase
A
1–4
C7 V7/IV
—
A'
5–8
F7 · C7 IV7 · V7/IV
Cadence plagale
B
9–12
G7 · F7 · C7 · G7 V7 · IV7 · V7/IV · V7
Demi-cadence
A
13–16
C7 V7/IV
—
A'
17–20
F7 · C7 IV7 · V7/IV
Cadence plagale
B'
21–24
G7 · F7 · C7 V7 · IV7 · V7/IV
Cadence plagale
La tonalité
Do majeur
Aucune altération à la clé
Gamme
do · ré · mi · fa · sol · la · si
Accords piliers
I = C · IV = F · V7 = G7
Les passages délicats
Mesure 3 : notes étrangères à la tonalité
Mesure 7 : notes étrangères à la tonalité
Mesure 13 : saut de sixte mineure à la mélodie, notes étrangères à la tonalité
Comment l'aborder
Mon programme t'accompagne en 9 jours. Le but n'est pas seulement de jouer ces vingt-quatre mesures :
c'est de garder la grille dans les doigts, pour la reconnaître et la jouer partout.
Apprends la grille par cœur, sans jouer. Compte les douze mesures à voix haute en nommant les accords :
do, do, do, do, fa, fa, do, do, sol, fa, do, sol.
Commence par la main gauche seule. Les trois accords (do, mi, si bémol ; fa, la, mi bémol ;
sol, si, fa) dans l'ordre de la grille, en blanches, jusqu'à les enchaîner sans regarder ; puis la pompe du
second tour. Sur fa 7 et sol 7, elle place la septième sous la tierce (mi bémol, la ;
fa, si) : chaque note-guide n'avance que d'un demi-ton ou d'un ton.
L'appel de la main droite : glisse du mi bémol au mi avec le même doigt, de la touche noire
à la blanche. C'est le geste du blues au piano.
Les passages que je signale sont surtout des notes hors de la gamme de do (mesures 3 et 7) : ce sont
les notes bleues, elles sont voulues. À la mesure 13, le second tour repart d'un saut, du si du turnaround
au mi bémol de l'appel : prépare-le les yeux sur la note d'arrivée.
Balance les croches. Le fichier les joue égales, pour que tu entendes bien chaque note ; une fois les mains
ensemble, joue-les « longue-courte », comme on swingue en jazz.
Puis improvise. Garde la main gauche, et invente tes propres appels avec la gamme blues
(do, mi bémol, fa, fa dièse, sol, si bémol). Tant que tu suis la grille, tu ne peux pas te perdre.
Le programme : 9 jours
Une demi-heure par jour. Je te fais d'abord comprendre la carte du morceau, puis on pose la charpente des accords, on apprend chaque section phrase par phrase, on travaille les passages délicats, on assemble et on monte au tempo, jusqu'à le jouer par cœur.