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Lettre à Élise
Ludwig van Beethoven
Un refrain qui revient trois fois (A B A C A) : apprends-le une fois, et la moitié du morceau est faite.
La mineur · 3/8 · 72 à la noire · 105 mesures · 2 min 10 · niveau avancé
Un manuscrit retrouvé, une Élise introuvable
Beethoven écrit cette petite bagatelle en la mineur vers 1810. Il a près de quarante ans, c'est l'année de sa
musique pour Egmont, et il ne la publie pas. Elle n'a d'ailleurs pas de numéro d'opus : les catalogues la
rangent parmi ses « œuvres sans numéro », sous la cote WoO 59.
Le morceau ne sort de l'ombre que quarante ans après la mort du compositeur. En 1867, le musicologue Ludwig Nohl
le publie dans un recueil de lettres de Beethoven, d'après un manuscrit qu'il a recopié à Munich et qui venait des
papiers de Therese Malfatti. Ce manuscrit a depuis disparu. En tête, d'après Nohl, une dédicace : « Für Elise »,
pour Élise.
Reste la question que tout le monde se pose : qui était Élise ? Personne ne le sait. Trois pistes reviennent.
- Therese Malfatti, une jeune femme de dix-huit ans, élève de Beethoven, qu'il espérait épouser cette
année-là. L'écriture de Beethoven était si difficile à lire que Nohl aurait pu prendre « Therese » pour
« Elise » : c'est l'hypothèse du musicologue Max Unger.
- Elisabeth Röckel, une chanteuse de l'entourage de Beethoven, qu'on appelait Elise, et qui épousa plus tard
le compositeur Johann Nepomuk Hummel. C'est la piste de Klaus Martin Kopitz, qui reste discutée.
- Elise Barensfeld, une toute jeune chanteuse, selon la musicologue Rita Steblin.
Le petit morceau que Beethoven n'a jamais publié est devenu l'un des plus joués au monde : boîtes à musique,
sonneries de téléphone, et jusqu'aux camions-poubelles de Taïwan, qui le jouent dans les rues pour que chacun
sorte ses sacs.
Un refrain et deux escapades
La Lettre à Élise est un rondo : un refrain revient trois fois, séparé par deux épisodes qui changent
d'humeur. Sa forme tient en cinq lettres, A B A C A.
- Le refrain (A), en la mineur. La mélodie hésite entre mi et ré dièse, deux notes voisines, avant
de retomber sur la. Derrière ce balancement célèbre, il n'y a presque que deux accords, la mineur et
mi majeur, que les deux mains se partagent en arpèges.
- Le premier épisode (B) s'éclaire : il passe en fa majeur, puis en do majeur, et la main
droite s'envole en traits rapides.
- Le refrain revient, tel quel.
- Le second épisode (C) s'assombrit. La main gauche martèle un la grave, toujours le même (une
pédale), sous des accords tendus en ré mineur et en si bémol. Puis des arpèges montent et une gamme
chromatique redescend, comme une porte qu'on referme.
- Le refrain une dernière fois, et quelques mesures pour conclure.
Sur la carte ci-dessous, je découpe le morceau plus finement, phrase par phrase : mes lettres ne sont donc pas
celles du rondo. Pour t'y retrouver, dans le fichier de la bibliothèque, le refrain occupe les mesures 1 à 24, 37 à
60, puis 85 à la fin ; le premier épisode, les mesures 25 à 36 ; le second, les mesures 61 à 84, arpèges et gamme
chromatique compris.
La forme
Les sections du morceau et leurs accords : la carte qu'on apprend avant d'en jouer une note.
Intro A B C B' D E E' F G H Coda
La tonalité
- La mineur
- Aucune altération à la clé
- Gamme
- la · si · do · ré · mi · fa · sol
- Accords piliers
- I = Am · IV = Dm · V7 = E7
Les passages délicats
- Mesures 26–27 : traits rapides (9,6 notes par seconde), saut de sixte mineure à la mélodie, notes étrangères à la tonalité, beaucoup de notes
- Mesure 32 : traits rapides (9,6 notes par seconde), saut de octave à la mélodie, beaucoup de notes
- Mesure 34 : traits rapides (9,6 notes par seconde), saut de octave à la mélodie, beaucoup de notes
Comment l'aborder
Je la classe parmi les morceaux avancés, mais c'est trompeur : le refrain, qui fait plus de la moitié du
morceau, est à la portée d'un débutant. Ce sont les deux épisodes qui demandent du métier. D'où l'ordre que je
te propose.
- Écoute-la en suivant la carte, et compte les retours du refrain : trois. Savoir où l'on est, c'est déjà
la moitié du travail de mémoire.
- Pose les accords avant les arpèges. Joue la mineur et mi majeur plaqués, aux deux mains, au
rythme du refrain. Quand les arpèges arrivent, tes mains savent déjà où aller.
- Soigne le passage de relais. Dans le refrain, la main gauche lance l'arpège (la, mi, la) et la
main droite le termine (do, mi, la). Travaille ce relais lentement, jusqu'à ce qu'il sonne comme une seule
main.
- Le premier épisode cache les traits rapides que je signale aux mesures 26-27, 32 et 34 : près de dix
notes par seconde, avec des sauts d'octave. Prends-les lentement, par petits groupes, puis accélère peu à peu ; le
programme monte le tempo pour toi.
- Le second épisode repose sur le la répété de la main gauche : garde le poignet souple et léger,
c'est la même note qui revient, inutile de la frapper. La gamme chromatique qui suit se doigte simplement : le
pouce sur les touches blanches, le majeur sur les noires, l'index entre deux blanches voisines (mi-fa,
si-do).
- Un peu de pédale, changée à chaque accord, et pas de précipitation dans le refrain : sa douceur fait tout
son charme.
Comme le refrain revient trois fois, tu sauras plus de la moitié du morceau par cœur dès que tu le connaîtras. Il
ne restera que deux épisodes à fixer, et c'est ainsi que mon programme avance : la carte, la charpente des accords,
chaque section phrase par phrase, les passages délicats, puis le tout assemblé et monté au tempo.