La bibliothèque · Classique
Gymnopédie n° 1
Erik Satie
Deux accords qui se balancent et une mélodie lente par-dessus : parfait pour sentir une grille sans se presser.
Ré majeur · 3/4 · 60 à la noire · 47 mesures · 2 min 21 · niveau débutant
Un « gymnopédiste » à Montmartre
Fin 1887, un jeune pianiste de vingt et un ans se présente au patron du Chat Noir, le cabaret le plus célèbre de
Montmartre. Sa profession, annonce-t-il : « gymnopédiste ». Le mot n'existe pas, et ses Gymnopédies ne sont pas
encore publiées. Erik Satie a le sens de la formule, et il le gardera toute sa vie : en guise de tempo, il note ici
« Lent et douloureux ».
Les trois Gymnopédies datent de 1888. La première paraît l'été même dans une revue, La Musique des
familles, à côté d'un extrait du poème « Les Antiques » de son ami J. P. Contamine de Latour. Le poème a-t-il
inspiré la musique, ou l'inverse ? On ne le sait pas.
Le titre vient de la Grèce antique : les gymnopédies étaient une fête de Sparte où de jeunes gens dansaient nus
(en grec, gymnos veut dire nu). Satie n'a jamais expliqué son choix.
Les Gymnopédies restent d'abord confidentielles. En 1897, son ami Claude Debussy en orchestre deux, la première et
la troisième, en inversant leurs numéros au passage. Aujourd'hui, la Gymnopédie n° 1 est l'un des morceaux de piano
les plus joués, des films aux publicités.
Deux accords qui se balancent
Tout commence par un balancement. À la main gauche, une basse grave sur le premier temps, puis un accord sur le
deuxième, tenu sur le troisième. Deux accords seulement alternent : sol majeur 7 (sol, si, ré, fa dièse)
et ré majeur 7 (ré, fa dièse, la, do dièse). Ce sont les accords IV et I de ré majeur, avec une septième
qui les rend flottants : tout le climat du morceau est là.
La mélodie entre ensuite, lente, presque toujours par petits pas, au-dessus de ce balancement qui ne s'arrête pas.
Au milieu, l'harmonie se voile de couleurs mineures (fa dièse mineur, si mineur, mi mineur), puis
tout revient au calme.
Satie a écrit le morceau en deux parties presque identiques : la seconde reprend la première, et seule la fin
change, plus sombre, pour s'achever en ré mineur. Dans le fichier de la bibliothèque, cette partie commune
n'est écrite qu'une fois, suivie de ses deux fins : la carte compte donc 47 mesures, et la fin en ré mineur
occupe les mesures 41 à 47. Au piano, joue la partie commune deux fois, la seconde avec cette fin.
La forme
Les sections du morceau et leurs accords : la carte qu'on apprend avant d'en jouer une note.
A A B C D Coda
La tonalité
- Ré majeur
- 2 dièses à la clé : fa♯, do♯
- Gamme
- ré · mi · fa♯ · sol · la · si · do♯
- Accords piliers
- I = D · IV = G · V7 = A7
Les passages délicats
- Mesure 13 : saut de octave à la mélodie, accords de 4 sons
- Mesure 42 : notes étrangères à la tonalité, accords de 4 sons
- Mesure 44 : notes étrangères à la tonalité, accords de 5 sons
Comment l'aborder
C'est l'un des rares chefs-d'œuvre à la portée d'un débutant : je le classe au premier niveau, avec un programme
de 13 jours. Peu de notes, un tempo lent… mais tout se joue dans le son.
- Commence par la main gauche seule. Le saut entre la basse et l'accord dépasse l'octave : travaille
d'abord le geste, sans regarder ton clavier, puis les notes. Quand le balancement est régulier, le morceau est à
moitié appris.
- Plaque les deux accords, sol majeur 7 puis ré majeur 7, en écoutant leur couleur : c'est
la charpente de tout le début.
- Chante la mélodie avant de la jouer : elle est longue et lente, avec des notes tenues qui s'éteignent.
Le secret, c'est de laisser chaque note durer tout son temps.
- Compte vraiment trois temps : « lent » ne veut pas dire flou. Garde un tempo régulier plutôt qu'un
rubato à chaque mesure ; la mélancolie est déjà dans les notes.
- La pédale se change à chaque basse, sur le premier temps : elle relie la basse à l'accord sans brouiller
l'harmonie suivante.
- Les passages que je signale sont rares : un saut d'octave à la mélodie mesure 13, et vers la fin
(mesures 42 et 44) des accords de quatre ou cinq sons hors de la tonalité, qui amènent le ré mineur.
Lis-les lentement, accord par accord.
Deux accords pour commencer, une mélodie qui revient, une fin qui change : c'est le morceau idéal pour apprendre
par la structure, et mon programme suit exactement ce chemin, de la carte jusqu'au jeu par cœur.